Bilan du Projet
 
 
  1/ Le protocole d'évaluation des activités "avec les imageries"
 
L'évaluation du fonctionnement opératoire de l'adolescent peut être effectuée avec le test de l'Echelle Collective de Développement Logique (ECDL) de Hornemann, souvent utilisé comme évaluation diagnostique avant la mise en place des Ateliers de Raisonnement Logiques (les ARL). Cet outil permet de situer les élèves dans les stades concret, intermédiaire, formel A ou formel B, le stade intermédiaire défini par B. Morteza Nassefat (également appelé stade préformel par Longeot) étant un stade intermédiaire entre le stade concret et le stade formel.
D'après Longeot, ce stade intermédiaire demande "soit l'application d'une structure opératoire concrète à un contenu abstrait, soit l'application d'une structure opératoire formelle à un contenu concret" et correspond à des activités de catégorisation.
 
Avant les premières activités, j'ai donc fait passer aux élèves les tests de catégorisation et de croisement  de l'ECDL, tests remis en images et en pages avec des thèmes correspond à l'environnement actuel des élèves. Puis un mois après la fin du travail sur les imageries, les élèves ont repassé les mêmes tests.
 
 
  Mais pourquoi la catégorisation ?
 
La catégorisation est définie par Olivier Houdé comme "la conduite adaptative fondamentale par lesquels les systèmes cognitifs, biologiques ou artificiels "découpent" le réel physique et social." Jacqueline Bideaud fait le lien entre penser et catégoriser en nous rappelant l'omniprésence de la catégorisation dans la vie quotidienne, de la ménagère qui range un placard au chercheur qui classe et modélise des phénomènes. Mais on ne peut catégoriser des objets sans les comparer les uns aux autres et sans s'appuyer sur un concept ou des attributs communs qui les relient, ce qui nous amènent à la conceptualisation. Britt-Mari Barth nous décrit la conceptualisation comme une succession de 5 opérations mentales:
  1. la perception
  2. la comparaison
  3. l'inférence inductive et sa vérification
  4. l'hypothèse et sa vérification
  5. la conceptualisation ou généralisation

Ce schéma cognitif comprend des étapes empruntées par le lecteur qui entre dans la compréhension des codes, d'une imagerie ou d'un texte. Voilà pourquoi j'ai choisi le test de l'ECDL pour évaluer le projet de remédiation avec des imageries à la manière de Warja Lavater.

 

  Alors, ce bilan ?
 
Les tests et les conditions de passage ont été identiques lors de l'évaluation initiale et de l'évaluation finale.
 
Malheureusement, le projet s'est déroulé lors d'une période de neige. En Beauce, où le fait est rarissime et où le manque d'équipement ne permet pas de dégager les routes, cela signifie absentéisme scolaire, puisque les bus de ramassage ne sortent pas et que les élèves de SEGPA viennent parfois de loin.
  • Trois élèves seulement ont participé à toutes les activités, voici leur progression en nombre d'items réussis, sur un total de 28 (Avant/Après): 15/19, 14/18, 8/14.
  • Six élèves ont participé à plus de la moitié des activités, leur réussite est également bonne (13/19, 13/17, 10/16, 15/17, 15/21, 13/14). (du moins absent au plus absent)
  • Quatre élèves ont participé à moins de la moitié des activités, leurs résultats sont mitigés: 13/14, 6/14, 9/14,  13/11. (du moins absent au plus absent)
Lors de l'évaluation initiale, tous les élèves avaient atteint le stade concret. Lors de l'évaluation finale, sept d'entre eux étaient proches du stade intermédiaire, ce qui était l'objectif visé.
 
 
  2/ Le bilan de toutes les activités de remédiation autour de la lecture en 6ème/5ème SEGPA
 
Le protocole d'évaluation de la totalité du projet (remédiation autour des imageries à la manière de Warja Lavater + l'enseignement explicite des stratégies de lecture) s'imposait à nous : fin 5ème SEGPA, faire repasser les évaluations d'entrée en 6ème, les mêmes, et se servir à nouveau de J'ade (le logiciel de traitement des résultats). C'est l'occasion pour moi de dire que J'ade devrait prévoir une telle manoeuvre...
 
Les résultats ont dépassés nos espérances. Tous les élèves ont progressé. Aujourd'hui, s'ils en avaient l'âge, certains pourraient entrer en 6ème. Voici quelques résultats:
 

à l'entrée en 6èmefin 5ème
comprendre un texte (classe)38%68,97%
comprendre un texte (meilleure progression)32,3%89,9%
maîtrise des outils (classe)10,29%22,8%
maîtrise des outils (meilleure progression)3,1%28,1%
Produire un texte (classe)27,6%51,4%
Produire un texte (meilleure progression)19%71,4%
total classe24,9%46,8%
total meilleure progression16,7%45,2%
 
  3/ Le bilan de l'atelier SOUTIEN LECTURE auprès des élèves de 6ème du collège
 
Les participants à l'atelier étaient des élèves de 6ème du collège, sollicités par leurs professeurs. Leur motivation était très forte, sauf pour un élève que je qualifierai "d'élève consommateur" et dont la présence irrégulière à l'atelier n'a pas permis d'avancer.
Aucune procédure d'évaluation n'a été mise en oeuvre. Au départ, j'ai seulement eu un entretien, individuel ou collectif, avec les élèves pour échanger sur ce qu'ils pensaient de leurs difficultés et de la nature de celles-ci.
L'atelier, d'une douzaine d'heures entre mars et juin 2006 a permis de travailler plus particulièrement sur les processus métacognitifs tels les microprocessus (avec certains élèves: les syllabes, déchiffrer un mot inconnu, problème des lettres muettes et des mots finissant en "ent", gymnastique de l'oeil), les processus d'intégration: la chaîne anaphorique, les inférences, les macroprocessus: l'idée principale, le rôle des connaissances du lecteur : les prédictions, le champ sémantique... lire par empans de sens... ainsi que deux heures dédiées aux difficultés du passage à l'écrit.
 
Un double bilan a été effectué par toutes les parties concernées: les élèves avec leur professeur et avec moi-même, et l'ensemble des professeurs de collège de leur coté.
Il en relève que les élèves ont visiblement progressé, les professeurs ont relevé une meilleure participation dûe à une confiance retrouvée (lire devant les autres, entre autre), les élèves et les professeurs sont ravis, les élèves en redemandent. A la demande des professeurs de collège, l'atelier devrait se poursuivre l'année à venir (pour les nouveaux élèves de 6ème en difficulté).
 
Pour moi, la réussite de cet atelier tient autant aux stratégies mises en oeuvre que dans la relation particulière que les élèves y ont trouvée, tant par rapport au savoir que par rapport au fonctionnement de l'atelier (attitude différente du professeur médiateur, travail très personnalisé avec écoute de l'élève et réelle prise en compte de ses difficultés).