La remédiation socio-cognitive
 
 
  Travailler sur le processus cognitif du sujet
 
La circulaire 98-129 du 19 juin 1998 relative aux orientations pédagogiques pour les EGPA nous précise «aux difficultés récurrentes des élèves, des techniques et des démarches de remédiation diverses sont utilisées en veillant à ce qu’elles s’articulent avec une réflexion pédagogique d’ensemble, prenant en compte la didactique des disciplines».
Les principes fondamentaux de la médiation socio-cognitive ont été formalisées par J.S. Bruner et F. Feuerstein à la suite des travaux de L.S. Vygotsky. La mise en œuvre de la remédiation permet de travailler sur le processus cognitif du sujet.

La notion de modifiabilité part de l’idée que l’être humain est modifiable par l’éducation et que l’état des compétences d’un sujet dépend de ce que l’on pense de lui. L’éducabilité cognitive est une démarche caractérisée par la mise en place d’une relation pédagogique médiatrice entre le formateur et l’apprenant, afin que ce dernier puisse dépasser la tâche réalisée tout en modifiant ses processus de pensée, son mode de fonctionnement (les contenants de pensée, définis par B. Gibello). Le domaine de prédilection des remédiations est le développement des compétences transversales.
 
 
  Adopter une démarche de remédiation

Le formateur prête des connaissances au sujet et va travailler au delà de ses compétences, donc dans sa zone proximale de développement ,
définie par Vygotski. Sa démarche est résolument orientée vers la métacognition, c’est à dire qu’il guide le sujet vers des procédures de contrôle et de régulation, l’amenant ainsi à une transformation de ses capacités de raisonnement.

Pour J.Piaget, l’intelligence se construit au travers d’interactions permanentes entre le sujet et son milieu. Un processus d’équilibration permet de passer d’un état d’équilibre à un autre par une série de déséquilibres suivis de rééquilibrations s’appuyant sur des mécanismes d’assimilation et d’accommodation des nouvelles connaissances et des modifications qu’elles entraînent sur les structures intellectuelles du sujet.

La démarche de remédiation repose sur le concept d’équilibration. Si elle ne peut être intégrée au système de pensée existant, une nouvelle connaissance amène le sujet à un déséquilibre, tant sur le plan affectif que cognitif. Lors de la remédiation, on essaie de gérer cette phase afin d’amener l’élève à un nouveau palier d’équilibre (ou rééquilibration). Le problème, avec nos adolescents de SEGPA qui ont trop souvent rencontré l’échec, c’est qu’ils refusent de passer par cette phase déstabilisante: ils adoptent un comportement impulsif ou restent bloqués. Le rôle de médiateur de l’enseignant spécialisé est de mettre l’élève en confiance pour mieux l’aider à se déséquilibrer puis à se rééquilibrer.
 
 
  Transférer les compétences vers de nouveaux domaines
 
Enfin, la phase finale de toute remédiation est le transfert des compétences construites vers d’autres domaines. Cette décontextualisation est nécessaire pour évaluer si la remédiation a atteint son but.

Et pour conclure, je rappellerai que pour Bruner, le bon médiateur est celui qui est à la bonne distance de l’élève, c’est à dire qui reste attentif à ses besoins mais ne se substitue pas à lui. Il est un accompagnateur.